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"thèse"
AT THE END OF THE DAY...
Dernière escale
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Dans le service de soins palliatifs de l'hopital Beaujon, il y a Marie. Elle a 38 ans et lutte contre le cancer depuis maintenant deux ans. Elle reste fière malgré la chimio, elle reste forte malgré la douleur, elle reste droite malgré la fatalité. Elle voudrait pas crever autrement qu’en héroïne de tragédie grecque. Il y a aussi Marc, 9 ans, aux prises avec une leucémie. Il voudrait pas crever sans avoir sauté en parachute. Il y a encore Romane, 86 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle voudrait pas crever sans laisser un mot d’espoir. Il y a même Romain, 54 ans, accidenté de la route, qui voudrait pas crever sans avoir bu un dernier verre.
Eux aussi, ils voient la fin qui grouille et qui s'amène avec sa gueule moche. Ils l’appréhendent, au sens, souvent, où ils la craignent, au sens, toujours, où leur esprit tente de s’en saisir. Et il y a autant de façons de le faire que de patients dans cet espace commun. Il y a autant de sensibilités, de peurs, d’envies, que d’individus. Il y a autant de rapports à la mort que de façons de vivre sa vie.
C est là que ca commence. C’est là que ca finit. On voudrait les alléger, les soulager, leur procurer ce qu’ils demandent, d’une certaine façon du moins. Donner corps à leurs dernières volontés. On voudrait concevoir pour eux un endroit comme celui que décrivait George Sand, qui confère à leurs derniers instants une certaine grâce, une certaine lumière. Car quel moment de la vie mérite d’être sublimé plus que le dernier?
Du moche au sublime il n’y a peut être qu’un pas. Celui que proposera de franchir l’architecte d’intérieur qui, jouant avec les espaces, la lumière, la couleur, le mobilier, les équipements, les objets et la personnalité des patients, donnera forme aux dernières aspirations de ces patients si particuliers.
Joindre ses efforts à ceux du personnel soignant pour créer des espaces évolutifs aptes à répondre à ces exigences intimes et bouleversantes, et permettre à Marie, Marc, Romane, leurs familles, et les autres, de quitter ce monde éblouis et apaisés
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Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...